Festival de Cannes 2025 Deux procureurs

Deux procureurs

de Sergueï Loznitsa

Deux procureurs de Sergueï Loznitsa est une œuvre cinématographique puissante et profondément saisissante qui explore avec finesse l’atmosphère oppressante de la Russie stalinienne à travers le prisme d’un drame judiciaire. Le film se distingue par sa capacité à recréer avec authenticité la claustrophobie et la brutalité du système soviétique des Grandes Purges, tout en proposant une réflexion universelle sur la tyrannie, la corruption et l’illusion de justice dans des régimes autoritaires.

L’utilisation habile de la narration non linéaire, associée à une mise en scène épurée et à un jeu d’acteurs impressionnant, notamment celui d’Alexander Kuznetsov dans le rôle de Kornyev, contribue à instaurer une atmosphère pesante et oppressante.

La lenteur du récit, loin d’être un défaut, accentue la tension croissante et invite le spectateur à une immersion totale dans l’univers oppressant de la bureaucratie soviétique. La symbolique des images, comme celle du vieil homme incinérant des lettres clandestines ou des cellules où la violence et la torture sont omniprésentes, renforce la puissance évocatrice du film.

Le vieil homme est averti des graves conséquences s’il conserve l’une des lettres. Malgré tout, il en conserve une, une missive d’un nommé Stepniak adressée au parquet de Briansk. Peu après, le premier des deux procureurs, un jeune diplômé nommé Kornyev (Aleksandr Kuznetsov), se présente à la prison et demande à voir le directeur. Il tombe sur son adjoint, qui tente de le congédier en prétextant une réunion. Mais Kornyev insiste et exige de voir un détenu nommé Stepniak.

Stepniak (Aleksandr Filippenko), révèle à Kornyev la situation en prison. Soulevant ses vêtements, il dévoile des zébrures rouges et des lésions violacées qui souillent son corps.

Le scénario, adapté d’une nouvelle de Gueorgui Demidov, met en lumière la complexité morale de ses personnages, notamment celle du jeune procureur Kornyev, qui, au début, agit par conviction mais se heurte rapidement à la réalité impitoyable du système.

La progression de son voyage, de la naïveté à la désillusion, constitue une critique acerbe du pouvoir et de ses abus, illustrant la faillite de la justice et la perversion de la révolution qu’il croyait défendre.

Loznitsa ne se contente pas de dépeindre un épisode historique précis ; il dresse aussi un tableau universel des mécanismes de la tyrannie, rendant son film pertinent pour toutes les sociétés confrontées à l’émergence ou à la consolidation de régimes autoritaires. La scène finale, qui laisse le spectateur face à la réalité implacable de l’injustice, demeure profondément marquante et invite à une réflexion sur la fragilité de la liberté et la vigilance nécessaire pour la préserver.

« Deux Procureurs » est une œuvre cinématographique d’une grande rigueur artistique et d’un message politique puissant. La réalisation de Loznitsa, soutenue par une distribution d’acteurs de haut niveau, fait de ce film une pièce essentielle pour comprendre les mécanismes de la répression politique, tout en étant une œuvre à la fois accessible et profondément émouvante. Un film qui, par sa sobriété et sa force évocatrice, reste gravé dans la mémoire du spectateur comme une dénonciation intemporelle et universelle de l’injustice.

Nhan Nguyen Dinh