ARTE – Le monde selon Xi Jinping – Son rêve : le monde sous ses bottes

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Commentaire du Figaro : Le documentaire décortique avec brio le parcours du numéro un chinois, les ressorts qui l’ont porté au sommet du pouvoir, sa méthode pour régner sur le PCC et sur son peuple et ses ambitions pour son pays.

Xi Jinping en uniforme Mao passant en revue les troupes de l’Armée populaire de libération en grande pompe et ponctuant ce défilé d’un «camarades, bonjour». L’image en dit long sur les ambitions du nouvel empereur rouge pour la République populaire: une Chine conquérante et qui l’assume ouvertement vis-à-vis du monde et d’un Parti communiste qui renforce sa main de fer sur le pouvoir.

Le Monde selon Xi , l’enquête de Sophie Lepault et Romain Franklin retrace le parcours complexe du numéro un chinois depuis l’enfance, décortiquant les ressorts psychologiques qui ont mené Xi Jinping jusqu’au sommet du pouvoir. En analysant le chemin parcouru depuis qu’il a pris le pouvoir fin 2012, ce documentaire passionnant permet de mieux comprendre où il veut emmener son pays.

Prince rouge élevé derrière les murs rouges de Zhongnanhai, le cœur du pouvoir chinois qui jouxte la Cité interdite, fils de Xi Zhongxun, compagnon de route de Mao Tsé-toung tombé en disgrâce, ce privilégié est devenu un traître, obligé de dénoncer son père pour survivre face aux gardes rouges. Envoyé par Mao à la campagne pour y être rééduqué par les paysans, comme des millions d’intellectuels chinois, Xi Jinping n’a pas nourri de rancœur à l’égard du Parti. Il a puisé dans l’épreuve la volonté de démontrer une fidélité à toute épreuve aux idéaux de Mao et un sixième sens pour construire sa trajectoire depuis la base jusqu’au sommet, sans passe-droit et pour déjouer les complots. Sous l’apparente bonhomie de Xi Jinping et les illusions d’ouverture politique percent rapidement la vraie nature d’un dirigeant autoritaire pour lequel le communisme est la seule vérité une fois arrivé au sommet du pouvoir.

Le premier tournant est marqué par la publication du document n° 9. Cette feuille de route de Xi vise à éviter au PCC la débâcle provoquée en Union soviétique par la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, la politique de réformes qui a provoqué l’effondrement d’un empire, selon Xi. Dans ce document, le numéro un chinois bat en brèche les idées libérales et démocratiques. La démocratie libérale et les valeurs universelles, le socle du monde occidental, sont l’ennemi principal. En réalité, il ouvre une guerre idéologique frontale à un Occident qui, aveuglé par les chimères de l’eldorado chinois, réduit au commerce sa relation à la Chine.

Mettre au pas le pays

Pour ressouder le pacte entre le Parti et le peuple, Xi promeut le «rêve chinois» de renaissance, après les humiliations infligées par l’Occident depuis les guerres de l’Opium. Xi appuie sa stratégie sur un projet pharaonique, «les nouvelles routes de la soie»: 1000 milliards d’investissements pour développer ports, chemins de fer et autres infrastructures reliant la Chine à l’Europe en passant par l’Asie centrale, l’Asie du Sud et l’Afrique. À travers ce projet, Xi exporte le «made in China», mais aussi la «solution chinoise», un contre-modèle de gouvernance offrant une alternative à la démocratie occidentale. Le développement économique y est le «premier droit humain». Sur le plan intérieur, la campagne anticorruption et le système de crédit social, qui donne une nouvelle dimension au système de surveillance de la société imaginé par Orwell, doivent lui permettre de mettre au pas le Parti et tout le pays derrière lui.

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